| Perplexité - Google Book Search |
|
|
|
| Écrit par Fabien Nobilio |
|
Les auteurs connaissent bien la perplexité. Dans le vaste domaine de la littérature, elle accompagne souvent l’impossibilité ou le refus d’écrire un texte qui éveillerait des sentiments sans équivoque ou illustrerait une morale limpide avec la force d’une démonstration. Dans le non moins vaste champ de la science, du moins dans la petite parcelle tant soit peu connue de l’auteur de ces lignes, la démonstration est cultivée avec un soin que contrarie cependant la curieuse coutume de poser des questions sans pouvoir y répondre tout à fait. Si la perplexité peut ainsi être une nourriture pour l’homme d’écriture, elle est un poison pour l’homme d’action – cette dernière affirmation ne serait peut-être pas rejetée par les maîtres d’arts martiaux, si elle ne reposait sur une si curieuse distinction de l’action, de son sujet et de son objet, mais baste. Pour compléter cette palette alimentaire et identitaire certes contestable, il faut signaler le type de perplexité que l’auteur peut éprouver dans le monde de l’édition, celui où l’écriture parvient pour ainsi dire à son accomplissement.
La complexité de ce monde s’est vue accrue, ces dernières années, par la délicate déclinaison des droits d’auteur à l’ère de la numérisation et de l’Internet. L’un des événements récents les plus remarquables à cet endroit est le programme de notification des ayants droit par Google, dont les sociétés d’auteurs ne manquent pas de signaler qu’il nous touche directement ou indirectement. Pour le coup, un simple état de la question a de quoi laisser dans nos bouches devenues sèches une perplexité qui n’a plus la saveur familière des ruminations mentales et des réprimandes magistrales. Tentative d’esquisse par un non-juriste. Que celui qui n’a jamais cherché une référence bibliographique, extrait une citation, voire consulté un ouvrage entier via Google Book Search, lance le premier presse-livres. Comme son nom l’indique, Google Book Search est un outil spécialisé dans les livres développé par le célèbre moteur de recherche Google. La base de données dans laquelle s’effectuent les recherches par mots-clefs, provient d’une vaste campagne de numérisation d’ouvrages de bibliothèques américaines partenaires de ce projet. Une copie électronique, totale ou partielle, de ces ouvrages, peut ainsi être consultée gratuitement via tout ordinateur relié à Internet. Qu’il n’y ait pas d’exploitation commerciale et que les contenus sous droits d’auteurs ne soient accessibles que partiellement, ne va cependant pas sans difficultés, puisque les ayants droit n’avaient pas été préalablement consultés. Aussi des associations d’auteurs et d’éditeurs des Etats-Unis ont-elles intenté, devant la Cour fédérale des Etats-Unis, un procès de recours collectif contre Google. Un projet d’accord a alors été élaboré : un règlement qui précise les usages autorisés à Google (numérisation et commercialisation) et qui garantit une compensation financière aux ayants droit. Afin que ce règlement aie la possibilité d’être entériné par la justice des Etats-Unis, Google a publié ce règlement et invité les ayants droit à prendre position. En acceptant, les ayants droit peuvent commenter ou contester l’un ou l’autre point du règlement, demander une compensation financière, choisir les livres dont ils souhaitent autoriser ou refuser la consultation numérique. En refusant, ils se réservent la possibilité d’intenter un procès à Google…ou de conclure un contrat spécifique (pour les éditeurs seulement). En ne se prononçant pas, ils s’exposeraient, paraît-il, à voir leur silence interprété comme un assentiment ! Cette alternative tant soit peu cavalière par-delà ses nuances ne concerne que les recherches de livres lancées à partir d’un ordinateur situé sur le territoire des Etats-Unis, mais de telles recherches peuvent bien sûr concerner des publications européennes. Par ailleurs, plusieurs bibliothèques européennes ont déjà conclu un accord de partenariat avec Googleet, n’étaient les problèmes juridiques et économiques occasionnés, l’on se réjouirait de la diffusion facilitée d’ouvrages scientifiques notamment. Aussi la Cour européenne devra-t-elle à son tour se prononcer sur cette délicate affaire. S’inspirera-t-elle de la décision de la justice des Etats-Unis ? Refusera-t-elle que l’on tente de régulariser après-coup un usage déjà instauré ? Acceptera-t-elle que les auteurs et les éditeurs soient sollicités de manière impersonnelle pour prendre une décision lourde de conséquences en un court laps de temps ? Et qu’en sera-t-il d’autres bibliothèques virtuelles que celle de Google ? On trouvera nombre d’informations, de recommandations, de pistes de réflexions, sur les sites suivants. - règlement de Google http://www.googlebooksettlement.com » - notification des ayants droit par Google http://www.books.google.com/booksrightsholders/ - société d’auteurs Assucopie http://www.assucopie.be/google%20book%20search.htm - Société Civile des Auteurs Multimedia (SCAM) http://www.scam.fr/actua.php?… Les questions posées par des outils comme Google Book Search, la manière même dont elles nous sont adressées aujourd’hui, l’opportunité de réagir ou d’attendre, devraient faire l’objet d’une discussion que nous espérons voir se développer dans le cadre de ce tout nouveau blog. Plus largement, c’est le monde de l’édition qui demande à être exploré à nouveau de manière collective. Ses multiples acteurs ne sauraient interagir durablement et préserver la qualité de ce qu’on peut appeler la production en cédant aux initiatives particularistes et aux décisions unilatérales. Si le calame a été supplanté par le clavier, l’une des valeurs fondatrices des métiers d’écriture n’en demeure pas moins la communication. A vous lire, donc ! |
Commentaires
S’abonner au flux RSS pour les commentaires de cet article.